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Le Temps de la République

LA VOIE AFRICAINE DU SOCIALISME : MYTHE OU REALITE ? (Colloque du PS 05/2006)

mamadou dia hommageLe choix du thème général s’explique par un double contexte. Un contexte général où, depuis l’avènement du Reaganisme et du Thatchérisme au début des années 80, l’ultralibéralisme, conçu comme projet d’organisation de la société autour du marché, tout le marché et rien que le marché au nom de l’accumulation illimitée du capital et du profit, règne sans partage dans le monde. Une domination accentuée par la chute du mur de Berlin qui emporte avec elle la version bureaucratique, étatique et stalinienne du communisme, délégitime le socialisme et laisse apparaître au grand jour ce « nouvel esprit du capitalisme ».

Esprit précédemment forgé dans les think tank américains avec l’apport de ce qu’il est convenu de nommer l’école de Chicago et qui ont « rêvé global » bien avant les autres. Un nouvel esprit qui réinvestit la macroéconomie, laissée momentanément aux « keynésiens », par le détour de la microéconomie considérée comme l’espace de neutralisation, par excellence, des antagonismes sociaux. Neutralisation qui s’effectue à partir de la notion hégémonique de propriété privée et de la rationalité instrumentale du calcul économique.

D’abord nationalement située au Etats-Unis et en Angleterre, hauts lieux de la pensée anglo-saxonne, cette conception s’est peu à peu étendue à l’ensemble du globe ; aidée en cela par une modification substantielle du mode d’organisation de la production capitaliste qui voit, entre autres, le salaire devenir l’unique variable d’ajustement, la prépondérance du concept de flexibilité au sein du discours de management et les entreprises multinationales éclater leurs différentes fonctions selon la ressource des nations, se transformer en entreprises globales ou transnationales.

Une extension également accompagnée par des gouvernements majoritairement sociaux-démocrates, durant la phase expansive de l’ultralibéralisme, aux commandes dans plusieurs pays et procédant à une dérégulation, à une disqualification de l’Etat au nom de l’efficacité économique ou de la pseudo « culture de gouvernement » et par « amour de la modernité » ; certaines institutions internationales telles que la BIRD, Le FMI et l’OMC contribuent également à une réorganisation de la planète selon le credo libéral et « sur le dos des salariés ». Celles qui prônent la modération ou une autre perspective sont marginalisées. C’est le cas du PNUD, de la CNUCED ou du BIT. In fine la financiarisation de l’économie au détriment de la production, particulièrement du facteur de production travail dont la rémunération ne cesse de baisser au profit des dividendes, parachève ce processus.

Processus qui enfonce la très grande majorité des détenteurs de la force de travail du monde entier (ouvrier, employés, paysans, pêcheurs...) dans une situation de pauvreté et de précarité ; annihile les droits acquis, dans certaines zones, après les longues luttes sociales et d’émancipation du mouvement ouvrier - dévoilant ainsi le caractère réactionnaire d’une telle évolution - ; lamine les classes moyennes et populaires les empêchant d’accéder à leurs droits fondamentaux sinon les mettent dans une situation d’incapacité à exercer, pour eux et leurs familles, ces droits à savoir l’accès aux soins, à l’éducation, à l’eau, à une citoyenneté active, le droit de vivre dignement de son travail...

Cette situation est encore plus criante sur le continent africain et donne toute sa pertinence à la notion de néo-colonialisme ou de bourgeoisie compradore, rend ubuesque la notion de post-colonie, en ce que ces pays continuent d’organiser leurs économies sur les mêmes bases que celle de l’époque coloniale c’est-à-dire un système basé sur la monoculture et essentiellement tourné vers l’extérieur. L’Afrique est l’un des rares continents où les politiques économiques sont déterminées par des institutions extérieures à la société et dénuées de toute légitimité démocratique.

Au-delà des problèmes environnementaux et écologiques que pose ce choix imposé de « stratégie de développement », le mode d’insertion économique des pays africains dans le système mondial perpétue une domination dont les élites africaines dans leurs positions d’intermédiaires et celles des pays occidentaux seules tirent profit.

Le 1er gouvernement du Sénégal sous SenghorCette logique d’extraversion structurée par le « principe du rendement » est encouragée par les IFI. Plus de 25 ans après les premiers Plans d’ajustement structurel on persévère dans l’erreur avec comme conséquences : l’explosion de la pauvreté, la désagrégation sociale, l’effondrement des Etats, les violences et guerres dont les civils sont les principales victimes. Et l’émergence de nouveaux termes comme ceux de « gouvernance », « objectifs pour le millénaire » ou « documents stratégiques de réduction de la pauvreté » etc. etc. n’y change rien sauf à amuser la galerie ou détourner de l’essentiel ceux qui refusent la soumission.

La plupart des ressources du continent sont aux mains des grands groupes multinationaux qui rapatrient leurs bénéfices, qui corrompent les décideurs ou en font des membres de leurs conseils d’administration, ce qui revient au même, pendant que les peuples crient misère. La privatisation qui est l’alpha et l’oméga des politiques publiques actuelles met dans les mains de quelques-uns le destin de tous. La très grande majorité de la population est dans l’incapacité de peser sur son propre destin, d’assumer sa dignité, subit les choix d’investissements, les erreurs, les errements d’une minorité.

Face à ce chamboulement il ne manque pas de résistances, résistances que l’on peut déceler à travers les modes d’actions populaires, mais plutôt un puissant vecteur démocratique, anti-totalitaire et émancipateur à même de porter ces colères, d’éviter les replis identitaires ou les extrémismes et de proposer une réelle alternative. Pour ce faire le socialisme est une alternative à condition qu’il ne se mure pas dans un silence assourdissant ou se complaise dans l’incantation ou « le culte du cargo » ; à condition qu’il se débarrasse de sa pseudo mission civilisatrice ; à condition qu’il ne se complaise pas dans sa torpeur autour des buffets garnis.

Tout au contraire il devrait se réapproprier les concepts de biens communs, de propriété sociale comme bases de politiques de renationalisations des secteurs considérés par les africains comme stratégiques et essentiels à leur devenir. Ceux d’intégralité de la personnalité humaine, d’égalité, de liberté, de solidarité, de justice... au-delà des principes de marketing politique. Poser l’éducation, la culture et l’histoire comme modes d’émancipation, de réappropriation et d’enrichissement d’une identité plurale par essence contre l’hégémonie culturelle ambiante productrice d’uniformité ; repenser l’universalismevia l’élaboration de nouveaux paradigmes ; s’inscrire résolument dans une intégration régionale facteur de notre indépendance et la mise en place d’une gauche panafricaine porteur d’une « renaissance africaine » dont le comité Afrique de l’Internationale socialiste et d’autres structures pourraient être l’embryon structurant.

Lorsque nous pensons à la voie africaine du socialisme nous n’invoquons nullement l’idée d’une authenticité africaine qui ne fait que nous maintenir dans un mythe, bien au contraire nous inscrivons le continent dans sa banalité, dans son évidence ; nous n’invoquons nullement une spécificité intrinsèque mais un contexte particulier qui est celui d’un impérialisme déterritorialisé ; nous n’invoquons nullement le retour à un passé glorieux ou à un âge d’or mais connaissant les parts d’ombre et de lumière de l’histoire de notre continent nous desserrons les contraintes du présent et nous projetons dans un avenir débarrassé des oripeaux d’un ultralibéralisme où seule la voix du plus fort est entendue.

Nous pensons, sans dogmatisme aucun, que la spécificité du socialisme en Afrique, i. e. la voie africaine du socialisme, réside dans son combat pour l’émancipation des peuples, dans sa lutte pour l’érection d’un monde plus juste et contre toute forme d’impérialisme ou de néo-colonialisme. Elle est dans cette conviction que le marché à lui seul ne peut régler les problèmes que rencontre notre continent et que seul une approche complexe du champ économique, à travers les différentes formes de comportements économiques tels que ceux de la réciprocité, de la distribution et de l’échange, peut nous sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes. Cette spécificité réside aussi dans cette conviction figée dans le marbre que ce combat ne peut-être initié que par les principaux concernés, en l’occurrence les africains, qui doivent retrouver la maîtrise de leur propre destin. Parce que dans nos sociétés ce ne sont pas 5 ou 10% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté mais plus de 70%. La pauvreté y est massive alors que le sol regorge de richesses, la nature étale avec insolence sa biodiversité alors que le continent est incapable de « croître selon le suc de cette terre ». Les besoins sont énormes en matière de santé, d’éducation, d’infrastructures... et ils ne relèvent pas uniquement de dynamiques internes ni ne peuvent êtres pris en charge par le seul marché. Evidemment dans ces combats les forces progressistes de toutes les nations sont bienvenues.

Le colloque s’inscrit également dans un contexte particulier qui est celui de la tenue des prochaines élections législatives et présidentielles au Sénégal qui supposent l’élaboration par l’opposition de gauche d’un programme de gouvernement. Contexte qui bien que particulier recèle des enjeux essentiels à nos yeux. En effet du choix des électeurs sénégalais dépendra l’inscription durable de notre pays dans une phase d’approfondissement démocratique ou de régression démocratique. Notre intime conviction est que de ce choix dépendra également la consolidation de la République ou son démantèlement. Ce choix pourra être porteur d’un message clair lancé à toute la classe politique sénégalaise, mais aussi africaine, sans exception sur l’importance de l’éthique en politique, de la nécessaire transparence dans la mise en œuvre des politiques publiques, que ceux-ci sont par nature détenteurs d’un pouvoir précaire et qu’ils doivent rendre compte de leurs gestions devant le peuple... Il pourra également être porteur d’un autre message, régressif celui-ci, de prévarication, d’appel à la génération actuelle - mais surtout future - à faire de la politique pour s’enrichir au détriment de l’intérêt général et sur le dos du peuple, au regard de la manière dont notre pays a été géré depuis 2000. Avec un pouvoir mal préparé qui a raté les marches de l’Histoire pour s’engluer dans des commérages et qui a transformé l’immense espoir de la majorité du peuple sénégalais en cauchemar dont nous ne mesurons pas encore les effets.

Dans l’élaboration du programme de l’opposition les idées du socialisme doivent y prendre et y prendrons toute leur place. Ce programme doit être interactif et permettre des échanges sur les problématiques liées à notre République, au mode de régime politique que nous voulons voir s’installer. De même que les stratégies de développement économiques, les politiques de santé publique, celles d’éducation et de culture... doivent faire l’objet de débats.

Ce souci d’appropriation et de débat se retrouve dans la façon dont nous souhaitons organiser le colloque.

Enfin à l’occasion de la célébration du centenaire de la naissance de Senghor ce colloque est un clin d’œil et une pensée au fondateur du Parti socialiste du Sénégal.

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