Socialisme République Sénégal

Le Temps de la République

MANIFESTE POUR LE SOCIALISME ET LA REPUBLIQUE

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La création du Mouvement pour le Socialisme et la République (M.S.R) correspond à la volonté de réappropriation des valeurs du socialisme et de la République et à leur concrétisation. Il ne doit échapper à personne que la création du Mouvement se fait dans un contexte national particulier liant une tentation autocratique sinon despotique du pouvoir à une tentation totalitaire du marché dans sa prétention à régenter l'ensemble du champ sociétal. La violence politique, que celle-ci relève du symbolique ou de la matérialité, et le marché sont aujourd'hui considérés comme seuls modes de socialisation.

D'abord un contexte politique qui a vu le pouvoir libéral  faire du tournant historique de mars 2000 - avec l'avènement d'une alternance politique dans un cadre apaisé, signe des grandes démocraties - un épiphénomène. Un pouvoir qui a raté les marches de l'Histoire pour s'engluer dans des commérages et qui a transformé l'immense espoir de la majorité du peuple sénégalais en cauchemar dont nous ne mesurons pas encore les effets.

Nous sommes aujourd'hui plus qu'hier dans un régime caractérisé par le népotisme c'est-à-dire une gestion familiale et groupusculaire de l'Etat où le simple lien de parenté permet d'accéder non seulement à des privilèges mais aux plus hautes fonctions étatiques ; dans un régime où la gestion de l'Etat est confondue avec la gestion d'une boutique, où le patrimonialisme au sens d'amalgame des biens publics et des biens privés, d'une appropriation illégale et illégitime des deniers publics à des fins privés, tient lieu de loi de finance publique au mépris de l'intérêt général. La privatisation rampante de la violence d'Etat - il ne s'agit pas de dire que la violence n'a jamais existé dans notre pays mais d'alerter sur la forme particulière qu'elle revêt aujourd'hui - dont le paroxysme est atteint avec la tentative d'assassinat à coups de marteaux d'un opposant politique, structure également notre système politique, de même que l'autocratie comme mode de gouvernementalité pour soi et en soi fut ce au prix d'un dévoiement de la constitution et de la justice, d'une atteinte à la liberté d'opinion, à la liberté de la presse... Nulle part il n'est question de l'intérêt général ou de vertu partout il est question de gros sous et d'enrichissement illicite. Nulle part il n'est question d'avancée démocratique partout il est question de régression de la République. La corruption de la République est telle que nous sommes dans une forme de monstruosité en matière de typologie des régimes politiques : une monarchie sans honneur ou une République sans vertu.

Ce rétrécissement du champ politique autour et sur une personnalisation du pouvoir s'accompagne, en dépit de la croissance, d'un appauvrissement généralisé qui est le fruit certes d'une mauvaise gestion mais surtout de l'option libérale voire ultra libérale en cours depuis le début des années quatre-vingt dans le champ économique et qui s'est accélérée ces dernières années. Option qui fait du « marché autorégulateur », et donc de la privatisation, l'alpha et l'oméga de la société, qui fait du gain la seule variable explicative des comportements humains, qui cantonne notre pays dans une extraversion et une monoculture de son économie comme du temps de la période coloniale, qui pousse toujours plus à une marchandisation de tous les segments de la société avec l'argent comme seule philosophie. Cette confusion de la « société de marché » avec l'économie de marché que l'on lit dans le « consensus de Washington », dans les Plans d'Ajustement Structurel ou les Documents Stratégiques de Réduction de la Pauvreté, est telle que la minorité de riches s'enrichit toujours plus - certains de façon fulgurante grâce à leur proximité avec le pouvoir -, que la majorité de pauvres s'appauvrit de plus en plus et que les classes moyennes disparaissent. Cela sans que l'Etat, en tant que garant de la cohésion sociale et redistributeur des richesses, n'ait mot à dire et s'efface devant la toute-puissance du marché. Cette tentation totalitaire de la « société de marché » que l'on nous prépare postule l'autonomie et la primauté de l'économique par rapport au social et au politique oubliant ainsi que les procédures de resocialisation de l'économie existent et qu'elles peuvent emprunter les voies d'autres totalitarismes qu'ils relèvent du nationalisme ou du religieux.

Les origines de la pensée socialiste sont multiples elles ont néanmoins toutes en commun de combattre l'idée que la structuration inégalitaire de la société relève de l'ordre naturel ou divin des choses et que par conséquent nul ne peut rien n'y faire. Tout au contraire la vision inégalitaire et injuste de la société pose comme impératif catégorique la transformation sociale de cette dernière dans une optique d'égalité et de justice. Ces inégalités sociales ne sont pas combattues de par leur simple existence, elle le sont plus du fait de leurs effets en matière de pauvreté, de misère, d'accaparement des opportunités et des richesses par une infime minorité, d'exploitation et de déshumanisation des détenteurs de la force de travail, de rigidité de la structure sociale et l'absence de perspectives et d'autonomie qu'elle induit pour une large majorité... C'est en ce sens que l'idéal socialiste inscrit au coeur de ses actions l'émancipation des individus, groupes, classes ou catégories qui subissent ces inégalités. Cette émancipation se veut globale. Elle est autant cognitive et socioéconomique que culturelle et politique. Elle contribue autant à une conscience de soi qu'à une conscience des autres notamment à travers la valorisation de la solidarité. Non pas une solidarité qui a pour but une reproduction sociale, le maintien en l'état des inégalités, le renforcement de la dépendance... qui spécifient la vision solidaire du libéralisme ou une solidarité dictée de l'extérieur de la société par une rationalité divine caractéristique de la religiosité monothéiste. Ces types de solidarité relèvent à nos yeux d'une « solidarité mécaniste » où c'est la force, la pesanteur sociale sinon la peur pour soi ou l'égoïsme, qui sont leurs raisons d'être. Mais une solidarité qui s'étaye, s'appuie et se construit sur une conviction profonde de partager un étant et un devenir communs où chacun a besoin de l'autre et nul ne peut être laissé sur le bord du chemin. Une solidarité, qui puise sa force et son originalité au tréfonds de nos cosmogonies et cosmologies africaines, où chacun étant fort de la différence de l'autre porte le projet d'un Sénégal, d'une Afrique meilleure, qui tournent résolument le dos à la spoliation.

A notre entendement cet idéal n'a de sens que dans sa concrétisation et son orientation vers une égalité réelle et non seulement formelle. « Le socialisme n'est que l'approfondissement de l'idéal républicain » professait un illustre camarade. L'espace de déploiement d'un tel idéal reste et demeure la République. Que nous définissons de préférence comme la chose commune, en ce qu'elle est un mode d'organisation du pouvoir où les modalités de conquête, d'exercice, de dévolution du pouvoir sont sans exclusive et sans considérations d'appartenance sociale, de confession, de sexe ou de race. En ce qu'elle est un type de régime politique qui met l'Etat à équidistance de toutes les croyances religieuses ou confrériques ; qui affirme l'égalité et la vertu, i. e. le respect scrupuleux des règles ou des lois, comme principes moteurs de la gouvernementalité. Ce qui suppose que celles-ci, particulièrement celles qui ont trait à l'acquisition et à l'exercice du pouvoir, ne soient pas modifiées pour des convenances personnelles ou dans l'optique d'une confiscation du pouvoir dont le peuple souverain est le seul titulaire. Cela encore moins lorsque ces règles ont fait l'objet d'un consensus des acteurs politiques.

Il s'agit donc pour les membres du Mouvement pour le Socialisme et la République, de contribuer à circonscrire ces tentations, de concourir à remobiliser les citoyens sur la base d'un projet socialiste et républicain en mesure de relever les enjeux et défis auxquels notre pays se trouve confrontés. Ce qui requiert au préalable un « réarmement intellectuel et politique », l'élaboration d'outils plus adaptés à notre temps. D'où l'importance de la création d'espaces d'échanges et de moments de réflexion à partir des idéaux républicains et socialiste ; de l'ouverture de passerelles avec le champ intellectuel et d'autres organisations politiques ou syndicales avec lesquelles nous partageons les mêmes valeurs. Il s'agit également d'éviter que le chemin d'espoir ouvert par le peuple sénégalais vers une société apaisée ne se transforme en parenthèse.

Magatte-Lô SOW

 

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