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La "lessiveuse africaine" de BNP - Des sénégalais impliqués dans une vaste opération d'évasion financière et fiscale entre 2008 et 2011

biens mal acquis2Le coup n'est pas passé loin. Si la réforme bancaire avait été votée il y a 2 ans, BNP Paribas aurait été légèrement embarrassée au moment de dévoiler le détail des ses filiales étrangères. Deux d'entre elles sont particulièrement dans l’oeil du cyclone : celle de Monaco, comme l'avait déjà révélé Le Canard Enchaîné et Libération, mais aussi celle de Genève d'après les informations que Le HuffPost s'est procurées.

Les deux journaux avaient fait éclater début mai l'affaire dite de la “lessiveuse africaine”, dévoilant les contours d’un circuit de remises de chèques frauduleuses en Afrique. Ce que Le HuffPost a appris, c'est que Monaco n'agissait pas seule dans son coin. Selon une note que nous nous sommes procurée en exclusivité, la maison-mère était parfaitement au courant du système, tout en fermant les yeux.

Pendant au moins deux années, des flux illégaux ont circulé entre BNP Monaco et l’Afrique, au nez et à la barbe du fisc local. Et tout ça, d'après les documents, avec le feu vert de BNP Genève, centre névralgique de la gestion de fortune du groupe BNP Paribas. Petit retour en arrière.

Le circuit de chèques entre BNP Monaco et l’Afrique

Selon un rapport confidentiel BNP Paribas d’octobre 2011 dont le Canard Enchaîné et Libération ont publié des extraits (et que Le HuffPost a pu consulter), des milliers de chèques en euros ont été envoyés entre 2008 et 2011 depuis Madagascar, le Gabon, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso vers la filiale de Monaco. Jusque là, rien d'illégal. Problème: ces chèques provenaient de la collaboration involontaire de touristes français.

Le système est astucieux : les touristes sont invités à régler leurs nuits d’hôtel avec leur chéquier en euros. Il leur est simplement demandé de ne pas inscrire le nom du bénéficiaire sur le chèque. Trop contents de ne pas avoir à changer leur argent, les vacanciers s’exécutent sans trop se poser de questions.

Une chaîne humaine se met alors en place : le chèque est échangé contre de l'argent en liquide par l’hôtelier, à quelqu’un désireux de blanchir ses revenus. Le fraudeur confie ensuite le chèque à une troisième personne titulaire d’un compte à la BNP Monaco. C’est lui qui appose son nom dessus, en versant au “blanchisseur” l’équivalent en monnaie locale. Avec certainement à la clé une petite commission en compensation de ses services, note Le Monde.fr.

Le mécanique est en apparence parfaite: pour les autorités bancaires, aucun problème à l'horizon. Vu de chez elles, il s'agit de simples flux internes à l’Europe, d'un compte d’un touriste français vers un compte monégasque. L’intérêt est donc double pour les trafiquants: sortir de l’argent d’un pays où les réserves de change sont contrôlées et dissimuler des revenus.

Or, que dit la loi ? Fraude au contrôle des changes, doublée “très certainement” d’une affaire de “fraude fiscale et de blanchiment”, comme l’affirme Sherpa, l’ONG qui a porté ce dossier à la connaissance du procureur général de Monaco.

•Combien d'argent en jeu ?

Difficile de quantifier à l'euro près ce système de la “lessiveuse”. “Le rapport n'a fait qu'un échantillonnage, pas un travail de fond", juge un ancien salarié de BNP Paribas ayant travaillé au cœur du système. "Quelques millions sont cités, mais il y en a beaucoup d'autres”, affirme-t-il. L’ONG Sherpa, elle, évoque un montant global autour de "centaines de millions d’euros”. Contactée par nos soins, BNP Paribas parle d'un "sujet purement local, concernant des petits montants unitaires".

doc bnp 1Le document interne, lui, se contente de fournir un seul exemple. Mais ô combien révélateur du système. “Un apporteur d’affaires” malgache qui a fait transiter la somme de 10,2 millions d’euros, entre 2008 et 2011, via 284 remise de chèques. Pour rappel, une seule remise peut contenir plusieurs dizaines de chèques.

Ce compte a ensuite enregistré des flux vers une vingtaine d’autres comptes monégasques, mais aussi vers la Suisse, Singapour, l’Egypte ou encore l’Île Maurice. Voilà pour le seul “exemple”, mais d’autres comptes similaires sont évoqués dans le rapport, sans plus de précisions.

L'inspection générale de BNP Paribas elle-même a qualifié dans son rapport les flux "d'anormaux".

Le rapport mentionne également que ce fameux compte de l’apporteur d’affaires malgache a été “bloqué” le 17 juin 2011. Quid des autres cas détectés? Le rapport reste silencieux sur le sujet. Pourtant, entre 2010 et la mi-2011, au moins 3466 remises de chèques en provenance du Gabon, Sénégal, Burkina Faso et Madagascar ont été enregistrés.

Officiellement, BNP Paribas assure avoir mis fin au système “entre 2011 et 2012”. "En réalité, BNP a débranché pour de bon sa lessiveuse en 2013, lorsque l'ONG Sherpa s'est emparée de l'affaire", assène l'ancien salarié de BNP Paribas.


•La maison-mère de Genève était au courant depuis janvier 2009

Voilà pour ce que l'on savait déjà. Dans un autre document que Le HuffPost s’est procuré, la filiale monégasque ne serait pas seule impliquée. Genève était également au courant. Dans celui-ci, les conseillers clientèle monégasques adressent un avis au service “Déontologie, éthique et respect” de Genève.

Inscrit dans le coin réservé (capture ci-dessous), on peut lire : “Attendre position Genève sur opérations de compensation menées par le client (20 comptes en interne + ouvertures en cours)”. Quoi de plus normal, compte tenu des mouvements anormaux observés.

Le hic, c'est que cette demande a été adressée le 19 janvier 2009, soit près de 3 ans avant la remise du rapport de l'inspection générale. Pire, le cas en question n'est autre que le fameux “apporteur d’affaires” malgache, cité plus haut. Oui, celui qui redistribuait l’argent une fois après avoir centralisé les chèques à Monaco (via des opérations de compensation, donc). Rappelons que son compte a été bloqué seulement en juin 2011.

Pourquoi BNP Paribas WM Suisse n'a-t-elle pas réagi dès 2009? Pour l'ancien salarié qui s'est confié au HuffPost, cela ne fait pas de doute: "BNP Genève a fermé les yeux sur ce système car il était trop rémunérateur pour la banque". Chez BNP Paribas, on concède que "la réponse a effectivement pris un peu trop de temps".

Problème de lenteur? C'est également ce que mettait en avant Jean-Laurent Bonnafé, directeur général du groupe BNP Paribas, pour atténuer l'erreur de sa filiale monégasque. Selon lui, “elle aurait dû être plus diligente dans la façon de réagir”. Pourtant, c'est bien elle qui avait sollicité Genève dès 2009.

•La lessiveuse BNP faisait aussi revenir l’argent en Afrique

Mais ce n'est pas tout. En épluchant le rapport auquel le Canard Enchaîné et Libération avaient eu accès, Le HuffPost s'est aperçu qu'une fois placés en lieu sûr à Monaco, les fonds pas très propres retournaient parfois en Afrique (via des filiales BNP), achevant ainsi le "cycle de lavage" de la lessiveuse. Explications.

Lorsque vous voulez obtenir un crédit, l'existence d'une caution peut “rassurer” votre banquier. Dans le cas d'un crédit immobilier, c'est la maison par exemple que l'on hypothèque. Si vous vous retrouvez dans l'incapacité de payer votre mensualité, la banque peut la saisir pour se rembourser. Dans le circuit africain, la garantie proposée au banquier n'est pas une maison mais une somme déposée sur un compte monégasque. Mais le principe reste le même: BNP Monaco a le droit, le cas échéant de piocher dans les comptes mis en garantie. Conséquence? L'agence BNP africaine ne prend donc aucun risque en accordant ce type de crédit. Cerise sur le gâteau, elle est certaine d'engranger au passage les intérêts.

La solution pour boucler la boucle était du coup simplissime: "Aucun des prêts n'était remboursé, détaille l'ancien conseiller. La garantie était alors automatiquement déclenchée". L'argent partait alors de Monaco vers les filiales BNP en Afrique, à nouveau en toute légalité, afin de rembourser la perte subie. Voilà comment l'argent ayant transité par le Rocher revenait au final sur le continent africain.

Le rapport interne évoque ainsi plusieurs garanties émises en faveur de plusieurs filiales BNP en Afrique, qui sont chargées de débloquer l’argent sur place. Sur un échantillon de 23 comptes suspects étudiés par l'inspection générale de BNP Paribas, 5 avaient fait l'objet d'une garantie, soit 22% du panel. Aucune valeur statistique, bien sûr, mais si on rapporte cette proportion aux 1497 comptes pointés du doigt, cela donne tout de même 325 comptes concernés entre 2010 et 2011...

doc bnp 2Des sources proches de l'enquête nous ont indiqué que la société d'audit KPMG effectuerait depuis 3 semaines une mission de contrôle à Monaco. Entre 5 à 10 personnes éplucheraient les dossiers de Dominique Roy, directeur général de BNP sur place. Ce dernier est en congés maladie depuis le 10 mai, soit le lendemain de la parution d'un article de Nice-Matin, évoquant les premiers signes de cette affaire...


Hollande à Monaco: Sherpa, une ONG anti-corruption en profite pour déposer une plainte contre la "lessiveuse africaine" de BNP


Le timing est presque parfait. Alors que la procédure semble embourbée à Monaco, l'ONG anti-corruption Sherpa a annoncé un dépôt de plainte à Paris, dénonçant un circuit financier suspect de chèques venant d'Afrique et déposés en masse auprès d'une filiale de BNP Paribas à Monaco. N'y voyez aucun hasard du calendrier si François Hollande se rend jeudi dans la principauté. Le président n'a toutefois pas prévu d'aborder le sujet dans le programme de cette visite éclair.

Contactée par Le HuffPost, Sherpa a expliqué, non sans ironie, "que l'océanographie c'était un peu court comme programme pour une visite présidentielle". L'ONG évoque une affaire dont nous avions déjà révélé des éléments dans nos colonnes. Pendant plusieurs années, des flux illégaux ont circulé entre BNP Monaco et l’Afrique, au nez et à la barbe du fisc local. Et tout ça, d'après nos révélations, avec le feu vert de BNP Genève, centre névralgique de la gestion de fortune du groupe BNP Paribas.

Un système de remise de chèque illégal

Selon un rapport confidentiel de la banque que nous avons consulté, des milliers de chèques en euros ont été envoyés entre 2008 et 2011 depuis Madagascar, le Gabon, le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso vers la filiale de Monaco. Jusque là, rien d'illégal. Problème: ces chèques provenaient de la collaboration involontaire de touristes français.

Le système est astucieux: les touristes sont invités à régler leurs nuits d’hôtel avec leur chéquier en euros. Il leur est simplement demandé de ne pas inscrire le nom du bénéficiaire sur le chèque. Trop contents de ne pas avoir à changer leur argent, les vacanciers s’exécutent sans trop se poser de questions. A la fin, une chaîne humaine se met en place et les chèques remontent jusqu'à une personne titulaire d'un compte à l'antenne monégasque de BNP. L’intérêt est donc double pour les trafiquants: sortir de l’argent d’un pays où les réserves de change sont contrôlées et dissimuler des revenus.

Sherpa estime que BNP Paribas Monaco, en acceptant de tels chèques suspects, s'est "rendu coupable de blanchiment, de fraude au contrôle des changes et de blanchiment de fraude fiscale". Cette affaire concernerait "des centaines de millions d'euros", englobée dans la fuite illicite de capitaux en provenance des pays en voie de développement. Ces derniers ne verraient pas la couleur de 600 à 800 milliards d'euros chaque année.


L'affaire portée à Paris pour la lenteur de la procédure monégasque

La directrice de l'ONG, Sophia Lakhdar, évoque dans sa lettre de plainte en date de mardi la compétence de la justice française car les chèques envoyés à Monaco sont émis par des banques françaises. Et elle s'en prend à la justice monégasque, tout juste saisie au printemps d'une plainte identique contre BNP Paribas Monaco, qui n'aura "donné aucune suite" à sa démarche "malgré plusieurs lettres de relance".

Interrogé par l'AFP, le procureur de la principauté, Jean-Pierre Dreno, a pour sa part précisé que "l'enquête est en cours" à Monaco et que "l'ouverture d'une information judiciaire est envisagée". "L'enquête va être longue car 21 pays africains sont concernés par des milliers de chèques émis", a-t-il commenté, en s'étonnant de la réception en juin d'une lettre agressive de l'avocat de Sherpa.


Source : huffingtonpost.fr

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