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Le Temps de la République

L’avenir politique du Sénégal s’est joué en terre arabe

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Plus dure sera la chute
Les émirs dessinent son chemin à Wade junior
C’est dans les monarchies du Golfe que se joue le destin politique du Sénégal pour les prochaines années. Des gros investissements opérés sur notre sol par des princes capitalistes en quête de nouveaux horizons économiques et avides de rentabilité financière, ont surgi des ambitions politiques inavouées chez le fils du président de la République et ses amis, très actifs sur ce front. Pour ces enfants d’une certaine génération, les infrastructures de l’Anoci, un trésor de guerre qu’on suppose énorme et la domestication toute proche de l’appareil du Pds, sont le triptyque pour ramasser un pouvoir… promis.

L’activisme économique effréné du président de la République et de son fils dans les monarchies du Golfe, les tentacules financières inimaginables et, peut-être, insoupçonnées qu’ils y ont établies depuis plusieurs années, ainsi que la «nécessité» de protéger des investissements annoncés comme lourds dans notre pays, présagent du scénario politique et institutionnel qui est en train de prendre forme au Sénégal. En transmettant le pouvoir à Abdou Diouf en 1980 par l’entremise de l’article 35 de la Constitution, Senghor s’était placé dans une logique de succession à la fois politique, institutionnelle et sécuritaire. A ses yeux, cette méthode directive correspondait à la fragilité de la démocratie sénégalaise, au besoin de stabilité et de continuité dans les différents secteurs de son régime, à l’état de maturité de la nation. Une vision extrêmement contestable qui traduisait, à l’époque, le paternalisme dictatorial du Premier président de la République. Presque trois décennies après, notre pays est en face d’un autre «cas», agrémenté à une sauce biologique en conflit ouvert avec une maturation démocratique inachevée.

Il faut ouvrir les yeux et s’en convaincre définitivement afin d’éviter les surprises mortelles du lendemain : la Génération dite du concret veut le pouvoir, et chaque jour, elle en pose les actes. Elle le cherche et s’en donne les moyens de manière considérable, d’une manière ou d’une autre, en dépit des «précautions conspiratives» dont elle s’entoure. Ses armes privilégiées, ce sont bien sûr le package infrastructurel qui «orne» Dakar en prévision du sommet de l’Organisation de la conférence islamique (Oci), l’aéroport Blaise Diagne de Diass, les sorts «scellés» de la Société africaine de raffinage (Sar) et des Industries chimiques du Sénégal (Ics), l’hôtel cinq étoiles sur la Corniche ouest, le très nébuleux dossier de Dubaï ports world (Dpw), l’incroyable retournement de perspective sur la Plateforme de Diamniadio désormais mutée en Zone économique spéciale tombée dans l’escarcelle émiratie…

Béton, argent et Pds

Il faut se rendre à l’évidence : autant d’affaires, donc autant de centaines de milliards de francs Cfa, exigent de la durée et de la stabilité dans les espaces de décision, c’est-à-dire dans le… pouvoir. Ce sont des investissements financiers lourds que leurs parrains situent dans une position transcendantale par rapport aux principes d’une marche démocratique normale. Durs en affaires, les investisseurs arabes ont forcément reçu les garanties nécessaires sur la sécurité de leurs billes, un principe de précaution élémentaire aux antipodes de la rhétorique officielle sur l’amitié entre les peuples. Cette caution, c’est la pérennité même du régime, avec Me Wade ou avec un autre de ses clones, mais surtout pas une de ces «têtes brûlées» de l’opposition qui rêve de remettre en cause jusqu’aux fondements de la gouvernance libérale. Le Koweït, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis ont assez d’oreilles et de relais dans notre pays pour intégrer dans leurs calculs économiques la dimension politique potentiellement conflictuelle contenue dans la succession de l’actuel chef de l’Etat. Ils ont été certainement rassurés par deux arguments. Le Président Abdoulaye Wade a un second mandat de cinq ans, et c’est son fils, opérateur principal dans la plupart des dossiers cités plus haut, qui semble le «mieux placé» pour la poursuite de la coopération avec les monarchies.

C’est en ce sens que les investissements arabes dans notre pays constituent la rampe de lancement politique pour Karim Wade et ses amis sur le chemin de la conquête du pouvoir, quoi qu’ils disent ou, surtout, qu’ils ne disent pas. A l’heure convenue, Me Wade laissera son fils arpenter les marches de «ses» réalisations pour montrer au monde entier ses «bébés» en béton. Les infrastructures de l’Anoci cumulées à celles pilotées par l’ancien Premier ministre Macky Sall, la confiscation prochaine de l’appareil que représente le Parti démocratique sénégalais (Pds) et l’énorme trésor de guerre amassé en sept années d’exercice solitaire du pouvoir à partir du Palais de la République, sont les fondements justificateurs de cette ambition devenue trop visible.

Ce scénario semble d’autant facilité qu’il se fera sans cette opposition dite significative, absente des institutions de la République jusqu’en l’an 2012 et qui, en toute logique, n’est pas prête d’y revenir si le président Wade maintient sa ligne dure officielle actuelle. A la disposition des Bathily, Tanor, Niasse, Dansokho, des actions de déstabilisation à grande échelle capables de contrarier les desseins encore inavoués du chef de l’Etat. Mais de cela, il faut en rêver en attendant d’en voir les vrais signaux. Entre Karim Wade et la prise du pouvoir, c’est juste une question de temps. Ceux qui n’y croient pas ne perdent rien à attendre. Le coaching gagnant qui a sauvé l’inexpérimenté Faure Gnassingbé face aux requins de la politique togolaise est sous nos murs. A moins que…

Momar DIENG(Le Quotidien) 

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